Alda Merini, poétesse d’Italie (Hommage aux femmes)

Fragile, opulenta donna, matrice del paradiso
sei un granello di colpa
anche agli occhi di Dio
malgrado le tue sante guerre
per l’emancipazione.
Spaccarono la tua bellezza
e rimane uno scheletro d’amore
che però grida ancora vendetta
e soltanto tu riesci
ancora a piangere,
poi ti volgi e vedi ancora i tuoi figli,
poi ti volti e non sai ancora dire
e taci meravigliata
e allora diventi grande come la terra.

Alda Merini

Fragile, femme opulente, matrice du paradis
tu es une graine de culpabilité
même aux yeux de Dieu
malgré tes guerres saintes
pour l’émancipation.
ils ont brisé ta beauté
et il ne reste qu’un squelette d’amour
mais qui crie encore vengeance
et seulement toi tu réussis
encore à pleurer,
puis tu te tournes et tu vois encore tes enfants,
puis tu te tournes et tu ne sais pas encore quoi dire
et tu te tais émerveillée
et alors tu deviens aussi grande que la Terre.

**Alda Merini**

traduction de NLéon

Alda Merini

Viene il mattino azzurro
nel nostro padiglione:
sulle panche di sole
e di crudissimo legno
siedono gli ammalati,
non hanno nulla da dire,
odorano anch’essi di legno,
non hanno ossa nè vita,
stan lì con le mani
inchiodate nel grembo
a guardare fissi la terra.

Non avrei potuto
scrivere in quel momento
nulla che riguardasse i fiori
perché io stessa
ero diventata un fiore,
io stessa avevo
un gambo e una linfa.

Alda Merini

Vint le matin bleu
dans notre pavillon :
sur les bancs de soleil
et de bois très cru
s’assoient les malades,
ils n’ont rien à dire,
eux aussi sentent le bois,
ils n’ont pas d’os ni de vie,
ils sont là les mains
clouées sur le ventre
le regard fixe sur la terre.

Je n’aurais pu
écrire à cette époque
rien de ce qui concerne les fleurs
parce que moi-même
j’étais devenue fleur,
moi-même j’avais
une tige et de la sève.

-Alda Merini

Alda Merini est une grande dame de la poésie italienne née le 21 mars 1931 à Milan, décédée en 2009. Elle souffrait périodiquement de troubles mentaux qui lui valurent des séjours en hôpital psychiatrique. Sa poésie était simple et claire, une poésie entre sentiments et folie, écrite en vers libres.

(traduction de NLéon)

AUBE Poésie de l’hiver

La nuit, lente
ne compte plus
ses heures
L’aube l’effleure
– caresse de clarté –
et déjà l’ombre s’enfuit

Un jour se lève
au-dessus des rêves embués
Pourquoi le monde
est-il si gris ?

Le jour écarquille les yeux, ébahis

La brume a envahi l’espace
d’entre les cœurs
Ses gouttes de vapeurs
emprisonnent l’horizon
d’une étrange torpeur

*
horizon perdu
sous voile de brume ~
les dernières feuilles sèches

*
un faisceau de rose
entre la grisaille
de la brume et du ciel ~ l’aube

**

— Nadine L.