Fantaisie hivernale

I

Je rêvais d’un jour où je pourrais contempler

La lumière qui parcourt la voute céleste.

Je rêvais des beaux soleils couchants de l’été

Toujours à cette même heure, je mets ma veste,

 

Comme une habitude, douce et attendrissante

La rue semblait déserte, d’une brume lente,

Je n’avais rien vu d’aussi charmant, en hiver,

Et les lumières blafardes des lampadaires

 

II

Faisaient d’agréables lampions si fantaisistes,

J’avais cru voir un pantin désarticulé,

Fixé à la lueur du jour, un essayiste

Écrivait beaucoup plus qu’il ne philosophait.

 

Je m’approchais de lui, sursautant de stupeur,

Il se tourna vers moi, dans sa froide pâleur,

Il griffonnait des maux, boutefeux de l’ardeur,

Aux portes de l’agonie, les mains sur sa peur,

 

III

 J’ai vu, tant d’horreur qui m’assaillent, leurs fureurs

Plus noires que la rage. Ô hivernale errance

Tant de cœurs qui souffrent, dans cette triste engeance,

Pourriez-vous saisir les affres de cette peur ?

 

© Patrice Merelle – 2013/2017

Malaise

Malaise

Silence cruel, ô silence!
Déchiré, meurtri, cœur en pleur
Soupire, perdu dans l’absence,
Toi qui l’abandonne à ses peurs

Souffrance rebelle tenaille
Dans ses serres la triste proie
Mortelle cruauté entaille
La confidence de son émoi

Silence, ô silence cruel
Inscrit la trace indélébile
De la pointe de ton scalpel

L’intolérable incertitude
Supplice d’un rêve indocile
Face à sa grande solitude

Gabrielle. E.

La Saison des Poètes

 

Il est tard, il s’adresse aux étoiles

Sourit à la Lune

Personne ne l’entend, ni ne l’écoute

Existe t’il vraiment

Le monde des gens pressés l’ignore

Il a façonné son univers

Seul dans ses doutes et turpitudes

 

Alors il écrit et s’écrie

Qu’il en restera peut être une trace

Des mots, quelques lignes

Ce recueil de pensées qu’il a façonné

De doutes et certitudes

De coups de gueule, de larmes aussi

 

Un coeur qui bat la chamade

Un Amour parti, un espoir

Des rêves improbables

Une joie furtive peut être

 

Il est tard, quelle importance

Le poète n’a pas sommeil

Il a trop à faire, trier ses idées

Dompter sa plume acerbe ou mélancolique

Au gré de ses émotions, de ses colères

 

Le voici qui s’indigne de l’injustice

S’adresse au vide sidéral qui l’entoure

Son corps ne lui appartient plus

Il est ailleurs loin d’ici, dans un autre monde

Celui des utopistes désintéressés

Qui n’ont pas l’absolu de l’argent

Se moquent des pantins de pouvoir

Égratignent, conspuent

Ou se rétractent, jouent avec les mots

Déclarent leur flamme en rimes

Dans un parterre de fleurs épanouies

 

Ô poète, je t’en supplie inonde moi

De tes écrits, enivre mon coeur

Ne t’arrête pas, je bois l’encre de tes mots

Jusqu’à en perdre la tête et mes sens

 

 

Rémi dit Pilatom texte protégé 14/03/2017

Soir de Mai ou d’Octobre

 

Il avait mis sa vie à vendre

Sur les petites annonces

Personne n’en avait voulu

Alors sans se retourner, il est parti un jour

Ne sait plus quand, ni vraiment comment

 

C’était un soir de mai, ou d’octobre

Cela n’a pas grande importance

La nuit porterait conseil

Protégé des étoiles, dans sa tête

Il choisit la Lune, pour marraine

 

Son printemps, devenu palette d’automne

Les couleurs chatoyantes, devenues ocres

Il s`est envolé enivré, homme oiseau

 

Celui qui croyait siffler sans fausse note

Maître supposé du temps, marche toujours

Marche encore dans l’univers diaphane

Des brumes opaques, sous le bras ses doutes

Qu’il réfute, rejette dans les profondeurs de l’oubli

 

Débordant de certitudes, s’en convainc

Où fait comme si, incertain de l’être

Qu’il n’est plus, sac à misère sur le dos

Rêves engloutis, perdus en chemin

Il les avait pourtant rangés, protégés

Ne pouvant pas lui échapper

Les cherche en vain, dans ses poches trouées

 

Alors pauvre hère, il avance en claudiquant

Au hasard des vents,

 

Il lui faut pourtant arriver, s’il était croyant

S’agenouillerait en suppliant le tout puissant

De le guider vers un horizon de lumière

Ou les fleurs de l’amour ont chassé celles du mal

 

Il aurait pu naître dans le satin, parents

Et gouvernante pour parfaire son éducation

Fréquenter les meilleures universités

Établir des relations avec les filles à papa

Avoir des enfants comme ceux d’en face

Aux mines réjouies, au regard propre

 

Sa vie n’était plus à vendre, il en fera don

 

Rémi dit Pilatom texte protégé le 01/03/2017

Bienvenue aux derniers arrivés

Bienvenue à toi, Noureddine, qui te joins  à nous ! Laisse moi te saluer auprès de nos amis déjà membres de ce blog.

Adhérent de l’association et participant apprécié aux Rencontres Internationales de l’an dernier, tu es Algérien et Kabyle et tu vis à Tizi Ouzou, une superbe ville dans une région magnifique. Je te sais belle plume, à l’instar de tous ces grands poètes que compte ton pays.
Je connais aussi ta sœur qui est une super grande dame !
Sois le bienvenu sur ce blog de ton association. Tu y es chez toi.  Parle-nous librement de ce que tu aimes, comme de ce que tu détestes ou condamnes.
Ici, entre nous, aucun protocole, aucune censure!
A bientôt de te lire,
Roland —————-

Dans ma bulle

 

Petit écrit dans ma bulle

Poésie de somnambule

Épinglant d’une fibule

Mes mots sans préambule

 

Mis bout à bout, ils véhiculent

Mes humeurs de noctambule

Pèle mêle, souvent sans virgule

Sans peur, d’en être ridicule

 

Je me sens funambule

Jouant de la particule

Jonglant sans recul

De manière incrédule

 

J’ironise, dénonce la crapule

Souhaitant qu’elle capitule

Paralysant ses mandibules

Pour ne plus qu’elle affabule

 

Chaque jour, j’extrais la fécule

De mes songes, la véhicule

La façonne, en un petit édicule

Au tic-tac de ma vieille pendule

 

Je peins l’éphémère à la spatule

Au hasard, les mots déambulent

J’en attrape certains qui gesticulent

D’autres s’échappent par le vestibule

 

Petit écrit dans ma bulle

Poésie de somnambule

Épinglant d’une fibule

Mes mots sans préambule

 

 

Rémi dit Pilatom texte protégé 07/03/2017

 

Il court, le temps

Il court, le temps …

Regarde,
Ce que nous sommes devenus,
Regarde
Ce que le temps a fait de nous,
Deux ombres grises sur un banc
Qui cherchent un but dans la vie,
Deux vieux chats pelés au soleil
Recherchant la chaleur du jour
Pour réchauffer tous leurs malheurs.

Regarde,
Ce n’est pas nous,
Ces pâles fantômes qui nous habitent
Regarde bien :
Ma tête fatiguée qui s’abandonne
Sur ton épaule endolorie
Ta main qui tendrement tâtonne
Pour retrouver mes doigts noueux
Regarde, ce souffle de vie….

Regarde,
Au-delà des images figées,
De ce temps si vite passé
Il y a cette fille, cheveux au vent
Éperdue d’amour, ivre de liberté
Et ce garçon, jeune et fringuant
Qui la regarde de toutes ses dents
Et lui sourit avec les yeux,
Amoureux…

Regarde,
Regarde au-delà du temps
Apprends à ne plus juger
Les choses et les gens
Posés sur un vieux banc
Et s’ils se meuvent plus lentement
C’est qu’ils vivent encore en-dedans
Leur mémoire est riche d’enfants….
Si vite passe le temps….
© R.E.T., 23.5.2016

Alda Merini, poétesse d’Italie (Hommage aux femmes)

Fragile, opulenta donna, matrice del paradiso
sei un granello di colpa
anche agli occhi di Dio
malgrado le tue sante guerre
per l’emancipazione.
Spaccarono la tua bellezza
e rimane uno scheletro d’amore
che però grida ancora vendetta
e soltanto tu riesci
ancora a piangere,
poi ti volgi e vedi ancora i tuoi figli,
poi ti volti e non sai ancora dire
e taci meravigliata
e allora diventi grande come la terra.

Alda Merini

Fragile, femme opulente, matrice du paradis
tu es une graine de culpabilité
même aux yeux de Dieu
malgré tes guerres saintes
pour l’émancipation.
ils ont brisé ta beauté
et il ne reste qu’un squelette d’amour
mais qui crie encore vengeance
et seulement toi tu réussis
encore à pleurer,
puis tu te tournes et tu vois encore tes enfants,
puis tu te tournes et tu ne sais pas encore quoi dire
et tu te tais émerveillée
et alors tu deviens aussi grande que la Terre.

**Alda Merini**

traduction de NLéon